Nul n’aura échappé aux révélations publiées en fin de semaine dernière concernant la campagne de dénigrement de Google orchestrée par Facebook
avec l’aide d’une grande firme américaine de relations publiques. La critique formulée à l’égard de Google (et qui l’est souvent vis-à-vis d’autres acteurs du Web) est un serpent de mer : la gênante question du recueil des données des utilisateurs. En cause, le service “Google Circles” que Facebook accuse de recueillir et d’utiliser des données d’utilisateurs de manière illégale. Alors que l’agence de relations publiques commençait à dénoncer auprès de différents acteurs (blogueurs, journalistes) les agissements de Google, il n’aura pas fallu longtemps avant qu’on remonte au commanditaire : Facebook. Quelques jours après, Facebook fait publiquement son méa culpa et promet de n’avoir pas voulu calomnier son concurrent.
Notons qu’à ce sujet, Facebook n’est pas nécessairement le mieux placé pour jouer les dénonciateurs vertueux : de telles allégations ternissent sa propre image depuis des années.
Un moment que ça dure…
En 2007, Google et Microsoft s’étaient livrés à un affrontement pour entrer au capital d’un réseau social qui prenait de plus en plus d’importance, un certain Facebook. L’issue de la bataille sera favorable à Microsoft alors que Google aurait pu tenir là les moyens de bâillonner un concurrent qui s’avérerait nuisible.
Depuis, le rapport de force n’est plus le même entre les deux sites les plus visités au monde (rien que ça). Alors que la récente polémique enfle, on constate qu’ils n’en sont pas à leurs premiers affrontements et les batailles sont nombreuses et variées : messagerie, recrutement (fuite des cerveaux de l’un vers l’autre), publicité, référencement…
En mai 2010, Google rendait impossible le fait d’importer directement les contacts Gmail
depuis Facebook afin d’y «trouver des amis». Initiative pas si anecdotique qui semblait traduire une volonté d’un côté comme de l’autre de ne pas se faire de cadeaux. Rappelons qu’en 2008, c’est Facebook qui rendait impossible l’accès à ses services via Google Friend Connect, système proche de Facebook Connect (qui permet de se logger à différents services à l’aide de ses identifiants Facebook) et qui fut lancé… 3 jours avant ! On trouvera plus de détails ici.
Plus récemment, les deux firmes auraient été ouvertement concurrentes dans la course au rachat de Skype, finalisé par… Microsoft il y a quelques jours. Quelques mois auparavant, elles étaient citées parmi les candidats au rachat de Twitter
!
Les réseaux sociaux, le complexe de Google
Le mois dernier, Google - si souvent novateur – lançait «Google +1», son alternative au modèle «like» de Facebook. Une initiative qui avait des airs d’aveu de faiblesse. En effet, cette fois c’était un modèle initié par un tiers qui s’imposait à un Google relégué de facto en position de suiveur.
Pourtant, au fil des années, Google a su asseoir sa domination en tant que moteur de recherche – son activité première, ne l’oublions pas - mais également en tant que fournisseur performant de services associés Gmail
, Blogger, YouTube et autres Google Maps, Android et Chrome, pour ne citer que ceux-ci. En revanche, en matière de réseaux sociaux, la firme de Mountain View semble ne pas réussir ce qu’elle fait dans tous les autres domaines qu’elle se décide à toucher. L’initiative Google Buzz, lancée fin 2010 est considérée comme un échec. Orkut, ne fonctionne guère qu’au Brésil et Google Wave demeure un service confidentiel.
Pendant ce temps, Facebook se fait de plus en plus incontournable et dépasse, depuis mars 2010, Google en termes d’audience…mais de son côté ne parvient pas à s’ériger en moteur de recherche de référence…
Et maintenant ?
Les rumeurs sont nombreuses quant aux projets de l’un et de l’autre. On parle, par exemple, d’un projet de Facebook Phone (vs Google Nexus). On dit que Google n’aurait pas encore dit son dernier mot du côté des réseaux sociaux – dernière rumeur en date, Google Circles, d’où est partie la récente polémique - ou encore, qu’un des enjeux sera la bataille pour la domination de la géolocalisation.
Des observateurs prédisent enfin que le modèle du Graph Social de Facebook va révolutionner tant les échanges que le trafic, voire le modèle économique d’Internet alors que d’autres annoncent la fin de Facebook. Difficile, dès lors, de prendre position tant il y a du potentiel et de la ressource d’un côté comme de l’autre, dans un contexte mouvant et incertain. Zuckerberg et Schmidt auront en tout cas probablement bien des comptes à régler d’ici quelques jours, alors qu’ils sont tous deux annoncés présents à Paris à l’occasion de l’e-G8.
En termes d’image, le méchant est désormais Facebook qui accuse son concurrent par le biais de méthodes peu appréciées. Au-delà des agissements de Google qui sont pointés du doigt, c’est la démarche de Facebook - pas très glorieuse mais qui n’a rien d’original outre-Atlantique - qui fait parler d’elle.
Le sujet, on l’aura compris, est en tout cas large et complexe. Au-delà des enjeux de réputation en présence, se jouent des intérêts stratégiques et financiers dont il est difficile de prendre la mesure, s’il ne s’agit pas carrément de dominer purement et simplement l’Internet mondial. Mais vous avez probablement un avis sur la question…

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